Chroniques

Comment bien manger au quotidien quand on n’a pas le temps ?

6 septembre 2016
CHAMPSBOULE © Bénédicte Salzes

Déjà qu’on doit être brillante et ambitieuse dans son travail, patiente et attentive avec ses enfants, spontanée et belle avec son compagnon, pleine d’initiative et agréable avec ses amis, présente et à l’écoute avec sa famille, il faudrait en plus être en mesure de nourrir sa famille de produits sains, locaux, bio, maison, de saison, non transformés, voire être capable d’assembler avec amour et ingéniosité tous ces bons produits au quotidien. Nous ne referons pas ici le match sur la complainte de la femme active, ni sur le burn out qui nous guette toutes, ce n’est ni le lieu ni l’heure, en revanche nous sommes ici sur un espace dédié à la cuisine et à la nourriture, tenons-nous en à ça. Et c’est déjà pas mal.

Si tout le monde partage ce constat sur le « bien-manger », plusieurs obstacles peuvent rapidement se présenter à celles/ceux (oui n’excluons pas ces messieurs, même si ce domaine reste encore sous escarcelle majoritairement féminine), qui souhaitent s’y engager. J’en ai identifié trois : l’approvisionnement (finalement l’enjeu majeur), le coût et un combo idées/temps passé en cuisine.

Votre objectif : du bio, du local, de saison et en circuit court

« Bien manger », c’est avant tout de bons produits, pour vous, pour la planète et pour le producteur. Idéalement, on vise le produit bio (bon pour vous), local (bon pour la planète et le producteur), en circuit court (bon pour vous et pour le producteur), de saison (bon pour tout le monde). Attention au bio qui vient de l’autre bout du monde (bilan carbone catastrophique pour venir jusqu’à vous) ou qui n’est pas de saison (méthodes de production énergivores, altération du goût du produit). Attention aussi au local et de saison bourré de pesticides. Cela dit, certains produits locaux n’ayant pas forcément le label Agriculture Biologique, sont produits en agriculture raisonnée et utilisent de bonnes méthodes de production. A vous de juger au cas par cas, sinon faites confiance aux prescripteurs.
Dans tous les cas, dites-vous que plus vous vous rapprocherez d’une alimentation bio, locale, en circuit court et de saison, mieux ça sera pour tout le monde. Mais ne culpabilisez pas non plus si tout n’est pas parfait. Cela doit rester un objectif, que vous atteindrez (ou pas) petit à petit. En attendant, chaque petite action est importante.

S’organiser pour mieux s’approvisionner

Si j’avais le temps, j’irais m’approvisionner directement chez les producteurs. Je passerais mes journées à arpenter les campagnes, à fréquenter les marchés du coin, et je le ferais chaque jour, pour que tout soit bien frais. Mais je travaille à plein temps, j’ai deux enfants en bas âge, un homme, une maison, des amis, une famille et un blog ! Mes journées sont donc déjà bien remplies.
La solution ? Je m’organise. Je jongle entre circuits courts « organisés », le marché et les magasins bio le week-end, et pour les basiques, le drive. Je ne prétends pas détenir la solution miracle mais la formule fonctionne bien.

Les circuits courts viennent jusqu’à nous

Pour s’approvisionner dans des circuits courts quand on n’a pas le temps, de plus en plus d’alternatives s’offrent à nous, avec chacune son lot d’avantages et d’inconvénients. La condition sine qua non de la pérennité de cet approvisionnement sera leur proximité par rapport à votre domicile (ou votre lieu de travail). Je sais par exemple que j’adorerais aller faire mes courses à l’épicerie locavore La Recharge dans le centre de Bordeaux, mais j’habite à Bordeaux nord. J’ai beau imaginer toutes les combinaisons pour caler ce trajet dans mon planning, ce n’est pas pérenne.
On rappellera qu’un circuit court comprend au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur. C’est généralement plus qualitatif (car moins industriel) et plus rémunérateur pour le producteur. Nous parlerons ici des AMAP, Ruche qui dit Oui et Drive Fermier, mais il existe aussi d’autres solutions en livraison directe chez soi, via des sites web de producteurs (la Ferme de Tauziet à Bordeaux par exemple) ou des épiceries en ligne.

Depuis 3 ans, je suis inscrite à une AMAP, Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, qui me fournit chaque semaine un panier de légumes bio dont je connais la productrice. Chaque mardi soir entre 18h30 et 20h, je passe récupérer mon panier. L’AMAP a également tissé des liens avec d’autres producteurs (produits laitiers, pain, viande, miel, sel…) livrant à des fréquences moins régulières, mais qui me permettent également de couvrir un grand nombre de besoins.
>>> Les plus : la qualité des produits, la facilité d’approvisionnement (jour et heure fixe en fin de journée), le fait de ne pas avoir à choisir ses légumes, ce qui permet de s’affranchir d’une contrainte de plus, en se voyant confier de nouveaux défis culinaires. L’engagement auprès du producteur (on s’engage pour 6 mois et quand le producteur a des difficultés liées au climat par exemple, on paye le même prix, pour le soutenir).
>>> Les moins : on ne choisit pas ses légumes (il faut aimer les poireaux/choux l’hiver et les tomates/courgettes l’été !), on s’engage pour 6 mois, ce n’est pas à la carte. On s’engage également à participer à la distribution une fois de temps en temps (ce qui n’est pas forcément une contrainte puisque vous rencontrez les personnes de votre quartier).

Sinon, Une Ruche qui dit oui s’est forcément implantée près de chez vous ! Une ruche réunit plusieurs producteurs de la région (bio ou pas). Chaque semaine, vous commandez sur le site avant tel jour vos produits, et vous venez les récupérer dans votre ruche quelques jours plus tard sur un créneau défini. Le principe est sensiblement le même pour le Drive fermier, sauf que vous passez récupérer vos produits en voiture, comme au drive de la grande distribution.
>>> Les plus : la qualité des produits, la liberté de choisir vos produits, le rapport avec les producteurs et les gens de votre quartier.
>>> Les moins : la contrainte de devoir commander quelques jours avant (si vous ratez la date limite, vous commandez pour la semaine suivante, ce qui ne vous arrange pas forcément pour nourrir votre famille entre temps !).
 
Êtrevigilant même au marché et en magasin bio

En complément, on profitera de son temps libre (week-ends, jours fériés, RTT, vacances…) pour fréquenter les marchés en mode « flânerie plaisir », ce qui ne vous empêchera pas d’acheter vos légumes, fruits, viande, poisson, fromages et autres pour la semaine à venir ! Il suffit de penser à retirer un peu plus de liquide et à se munir d’un grand panier ou d’un chariot de vieille à roulettes ! Attention là encore, ce n’est pas parce que vous êtes au marché que tous les étals regorgent de bons produits de qualité. Sélectionnez bien, posez des questions au marchand, échangez avec les autres clients… ne vous laissez pas éblouir par le folklore du marché et ne perdez pas de vue votre quête initiale « bio/local/de saison/circuit court ».
La démarche est proche pour les magasins bio : tous les produits sont bons pour vous, mais pas forcément pour la planète ! Vérifiez l’origine des produits et privilégiez toujours les produits de saison, qui auront dans tous les cas plus de goût !

Le cas de conscience « grande distribution »

Quid du supermarché ? Peut-on / doit-on s’en passer ? La grande distribution a mauvaise réputation pour ses méthodes de production industrielles, pour ses rapports inégaux avec les producteurs, pour son abondance incompatible avec la saisonnalité. Faut-il pour autant boycotter les grandes surfaces ? Que penser du bio de supermarché, de plus en plus présent en marque distributeur ? C’est un vaste débat que j’aimerais bientôt approfondir, notamment sur l’angle du bio de supermarché. En attendant, si l’on s’en tient à notre objectif « bio/local/de saison/circuit court », qu’en est-il en grande surface ? Aujourd’hui si on peut y trouver des produits bio, locaux et de saison, j’ai plus de doutes sur le circuit court.

Cela dit, notre sujet est aujourd’hui « comment bien manger au quotidien quand on n’a pas le temps ? », alors il me semble difficile de rayer purement et simplement la grande distribution, ne serait-ce que pour les basiques, les produits transformés, les produits de toilette, les produits d’entretien, etc.

J’avoue en faire un usage raisonné, uniquement via le drive (tellement pratique et rapide), et uniquement en sélectionnant méthodiquement mes produits (j’ai par exemple définitivement tiré un trait sur les fruits de grande surface, même bio). Cette démarche vient en complément des autres canaux d’approvisionnement, mais je peux difficilement m’en passer. Au-delà du bio en marque distributeur, on trouve aussi de belles marques, comme Jardin Bio (groupe Léa Nature made in La Rochelle en Charente Maritime), ou encore Vitabio / Babybio basés à Cestas en Gironde. A la question « le bio de supermarché est-il aussi qualitatif qu’en circuit court ? », Audrey Riqur, chef de produit Babybio répond « Le bio, aussi bien en circuit court qu’en circuit supermarché, répond aux même exigences règlementaires. Il n’y a pas de traitement de faveur pour un des circuits. Dans les habitudes d’achat, j’aurais tendance à dire que les consommateurs achètent plus facilement en circuit court des produits bio bruts souvent locaux (fruits, légumes, œufs…) et en supermarché des produits bio transformés. ».

Et ça coûte plus cher de bien manger au quotidien ?

Manger de saison et local fait forcément baisser les coûts d’une part. C’est la loi de l’offre et la demande : plus il y a de produits disponibles sur le marché, moins ils sont chers. Et moins les coûts de transport sont élevés, moins le prix du produit est impacté. D’un autre côté, il ne faut pas se leurrer, en terme de prix, le bio ne rivalisera jamais avec la marque pouce industrielle et ses produits bas de gamme transformés, gras et plein de E cachés (ça donne envie, hein ?). Il faut donc accepter de payer certains produits plus cher, quitte à en consommer moins souvent (le sempiternel exemple de la viande). Au final, je ne serais pas étonnée que votre budget bouffe s’équilibre en fin de mois en combinant ces différents circuits. D’autant plus qu’en voyant à long terme, votre bonne alimentation aura surement une bonne influence sur votre santé, diminuant d’autant des frais de santé éventuels. Et tous les efforts que tout le monde aura réalisés auront un impact tellement fort sur l’environnement que les coûts engendrés pour la sauvegarde de celui-ci seront également impactés. Non ?

En cuisine, des idées, du temps… ou pas

Maintenant qu’on a de beaux produits bruts plein de goût, qu’est-ce qu’on peut en faire quand on n’a ni le temps ni les idées pour les cuisiner ? Alors là c’est simple, je connais un super blog de cuisine qui a une catégorie « recettes » très bien fournie, avec très bientôt un moteur de recherche par envies mega performant ! Sinon dites-vous que la moitié du travail est déjà fait avec vos bons produits, et qu’il ne vous faudra pas grand-chose pour les sublimer : des herbes fraîches ? des épices ? des huiles variées ? Diversifiez vos modes de cuisson : la papillote au four marche très bien, la vapeur, osez même le cru ! Pensez aux plats que l’on peut varier à l’infini selon ce qu’on a sous la main : les tartes, les pizzas, les tartines, les cakes, les salades, les soupes… Pour ma part, quand je me lance en cuisine, je pars de 2 ou 3 produits que j’ai (ou que je me procure), je fais le point dans ma tête sur les façons de les cuisiner que je connais, sur ce que j’ai envie d’en faire, puis j’imagine des associations en jouant sur les cuissons et sur ce petit ingrédient que je rajouterai qui changera tout.

Profitez des week-ends et de vos jours off pour cuisiner à l’avance et pourquoi pas congeler des barquettes (là encore c’est une question d’organisation… et d’envie).

Et si vraiment vous n’avez pas une minute et pas une idée, ben faites cuire des pâtes (mais des bonnes pâtes), avec vos bons légumes, un peu de bon fromage et une bonne huile d’olive. Dites-vous qu’à défaut d’avoir été créatif, vous avez au moins mangé sainement. C’était bon pour vous, bon pour les producteurs et bon pour la planète.

© Bénédicte Salzes – Champs Boule

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1 Commentaire

  • Reply Cécile 21 septembre 2016 at 10 h 25 min

    Toujours aussi jolie plume. Un vrai plaisir à lire.

    Et merci pour les liens, bien pratiques. 😉

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